La scribe – Antoine Garrido

L’histoire en quelques lignes
En l’an 799 après J-C, Theresa vit à Wurtzbourg avec son père, Gorgias, le scribe. Apprentie dans un atelier de parcheminerie, elle suit les traces de son père et espère devenir un jour scribe. Mais, c’est sans compter Korne, le maître parcheminier. Pour lui, la place de Theresa, comme celle de toute femme, est dans un foyer à s’occuper de tâches ménagères et à élever des enfants.
Aussi, lorsque Theresa doit passer l’examen qui la proclamera compagnon parcheminier, Korne essaie de l’en empêcher. Mais un incendie se déclare, détruisant l’atelier et faisant plusieurs morts. Theresa est contrainte de fuir Wurtzbourg car tout le monde la croit coupable de l’incendie et on la croit morte.Dans sa fuite, elle sauve des flammes des manuscrits et ne se doute pas qu’elle a emporté avec elle un précieux parchemin, convoité par de nombreuses personnes. Elle se réfugie dans la cité voisine de Fulda et fait plusieurs rencontres, dont celle d’un moine appelé Alcuin d’York. Complots, trahisons, mensonges, meurtres… Theresa parviendra-t-elle à retrouver son père ? Quel est donc le secret du parchemin qui suscite autant de convoitise ?

Mon avis

Antonio Garrido nous entraîne dans une intrigue savamment ficelée, dont l’issue est incertaine jusqu’aux derniers chapitres.L’histoire, qui se déroule à l’époque du Roi Charlemagne en l’an 799, sur fond historique de famine et de révoltes, est basée sur le célèbre acte de donation de Constantin, empereur romain qui régna de l’an 306 à l’an 337.

Le texte du livre est d’abord difficile à appréhender si l’on n’a au préalable de l’intérêt pour l’époque à laquelle se déroulent les faits qui sont relatés. Mais il s’agit là d’une des forces de ce livre car le choix rédactionnel de l’auteur nous fait faire un véritable voyage dans le temps. Le vocabulaire utilisé est d’époque (journaliers, scriptorum, coadjuteur, grabat, vassal, arpents, deniers, scramasaxe etc.), de même que les occupations et le mode de vie des protagonistes de l’histoire (chasseurs, parcheminiers, scribes, soldats, marchés aux esclaves). La vie des moines y est très détaillée et l’usage du latin est régulier.

Je regrette toutefois que les expressions utilisées n’aient pas été systématiquement traduites en notes de bas de page.En majeure partie, les personnages, les circonstances, les paysages sont largement décrits, rendant leur visualisation facile. Néanmoins, quelques scènes échappent à cette règle et la description en est confuse et complexe pour le lecteur. Néanmoins, on arrive tout de même à comprendre l’essentiel des faits.
Gorgias, le scribe, puis sa fille Theresa prennent connaissance de ce document convoité par de nombreuses personnes, dont des hommes d’Eglise.L’un de ces hommes d’Eglise, Alcuin d’York est l’un des personnages phares de l’intrigue. Au fil du livre, il se révèle être un véritable Scherlock Holmes – ou un Expert*, pour prendre une référence plus moderne car son talent fait de lui l’un des précurseurs de la police scientifique – et contribue à mettre la lumière sur plusieurs faits. 

Quant à Theresa, le personnage principal, on s’attache rapidement à elle car elle est naïve et peu expérimentée. Mais elle se révèle aussi très courageuse et a une force de caractère remarquable.L’auteur s’amuse également souvent à tromper le lecteur avec d’autres personnages qui, lorsqu’on croit les avoir cernés, nous détournent de nos certitudes avant de nous ramener finalement à nos premières impressions.Les circonstances dans lesquelles se déroulent les faits permettent d’appréhender l’époque : la famine, les maladies, les morts atroces, la guerre imminente, des hommes prêts à tout pour se nourrir, le pouvoir de l’Eglise.

Certaines scènes sont quant à elles primitives et montrent la barbarie dont les êtres humains peuvent faire preuve.L’auteur mélange les genres – roman à la fois historique, romanesque, d’aventures – et fait habilement cohabiter religion et politique, amour et haine.Cet ouvrage est assurément l’un des meilleurs livres que j’ai lus. J’ai eu du mal à accrocher au début, à cause du contexte historique et du vocabulaire employé par l’auteur (qui m’étaient totalement inconnus) mais dès les premiers faits qui donnent vie à l’intrigue (la blessure de Gorgias, l’incendie de l’atelier de parcheminerie, les meurtres), on s’accroche au livre sans vouloir le lâcher avant d’avoir eu le fin mot de l’histoire.

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