Merci pour ce moment – Valérie Trierweiler

Je n’ai d’abord pas voulu lire ce livre car je suis de ceux qui pensent que le linge sale se lave en famille. J’ai trouvé désolant que Valérie Trierweiler publie cet ouvrage qui attaque le président de la république, le met en cause et n’aurait pas manqué de lui desservir.


Puis, une amie me l’a vivement recommandé. « C’est vraiment très bien écrit. Commence à le lire, tu verras bien si tu préfères t’arrêter ».


Je me suis donc laissée tenter et je ne suis pas déçue, bien au contraire. « Merci pour ce moment » fait partie de ces livres qu’on n’oublie pas, longtemps après les avoir refermés. Critique certes à l’égard de François Hollande, je n’en retiens cependant que la douleur poignante d’une femme blessée dans son amour, sa dignité. 


Elle y raconte leur rencontre, alors qu’elle était journaliste politique et lui l’une des jeunes figures du parti socialiste ; leur amitié grandissante au fil des années, alors qu’elle se marie et aura trois enfants ; les soupçons infondés de Ségolène Royal alors qu’ils étaient simplement amis ; le début de leur histoire, par le baiser de Limoges en avril 2005, puis leur histoire d’amour à la fois heureuse et parfois difficile (tensions avec les enfants de François et aussi avec Ségolène, le changement de François pendant et après l’élection, l’impression d’être de trop, d’être illégitime à sa place de première dame, de gêner dans le destin et le quotidien du président) ; jusqu’en janvier 2014, date de leur rupture officielle, au moment de l’annonce de l’affaire Gayet, qui sera suivie par sa dépression et son séjour à l’hôpital. Tout ça sur fond d’anecdotes sur son quotidien et son rôle de « première-dame » de même que celui du président François Hollande.


J’ai aussi aimé ce livre parce que je suis une femme et que je me reconnais à travers ce qu’elle a vécu. Une femme éperdument amoureuse et blessée dans son amour propre et sa dignité. Si tout ce qui est dit est vrai, François aurait eu tellement de mépris d’indifférence sur son activité et ses engagements de première dame, n’aurait fait preuve d’aucune empathie face aux tourments que lui inflige la presse. 


J’ai lu beaucoup de critiques négatives, incendiaires sur ce livre. On y fait le procès de Valérie Trierweiler, on y dit que le livre est mal écrit. Pour ma part, je trouve qu’il est très bien écrit et j’y ai trouvé ce que j’y recherchais : je voulais comprendre ce qui pouvait motiver une femme à écrire ce type de livre, à publier ce qui est de l’ordre de l’intime ; et j’ai compris. Une réaction suite à un couteau planté en plein cœur, la trahison inattendue de l’être aimé. Une peine de cœur tout simplement, et en tant que femme, je peux aisément comprendre le geste.


Je ne peux donc que recommander ce livre, qui regorge de phrases choc. Je me permets de vous en livrer quelques-unes ci-dessous :


Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le Président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé « les sans-dents », très fier de son trait d’humour. (P. 272)


En dehors de Laurent Fabius, il ne faut pas être expert pour comprendre que la plupart des nouveaux ministres n’ont pas le niveau. Je suis affligée de ce que j’entends. Je les observe en silence, en me demandant comment tel ou tel a pu être nommé. Equilibre de courant, équilibre de sexe, équilibre régional ou de parti. Peu sont là pour leur compétence. Cela crève les yeux de l’ancienne journaliste politique que je suis toujours au fond de moi. La presse critique leur amateurisme. Si j’étais toujours au service politique de Match, écrirais-je autre chose ? Mais je me tais. (P. 275)


Que lui dit-il à elle (à propos de Julie Gayet, ndlr) ? Que lui écrit-il ? Que lui disait-il de moi pendant leur liaison clandestine ? Qu’il ne m’aimait plus ? Que j’étais invivable ? Que notre relation était platonique ? En matière de lâcheté, les hommes infidèles se ressemblent tous et les hommes de pouvoir se confondent. (P. 361)

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